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Un petit parachute... pour un saut dans l'histoire

Marie-Fanélie

Par Marie-Fanélie

le vendredi 08 novembre 2013

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  • Un petit parachute... pour un saut dans l'histoire

 

Lors des Journées du Patrimoine, le Centre Régional "Résistance & Liberté" a dévoilé aux curieux quelques objets tirés de ses réserves pour l'occasion.

Parmi ceux-ci : un petit parachute dont voici l'histoire hors du commun.

parachute fermé

 

Un jour dans la Résistance…

Le 14 juin, en fin d’après-midi…

Pendant que Gérard Pichot et son père sont à la pêche, les femmes s'occupent à la ferme. Du poste de TSF grésillant s'échappent des bribes d'émissions de la BBC. Bien que ce soit strictement interdit et réprimé par Vichy et l'occupant, la famille Pichot a pris l'habitude de désobéir et d'écouter les nouvelles de la France Libre transmises par la radio de Londres. L'isolement relatif du village offre un sentiment de sécurité qui n'incite pas vraiment à la prudence et on prend peu de précautions lors de l'écoute. Les risques d'être repérés par la police sont minimes. Soudain, elles s'interrompent et prêtent l'oreille aux messages personnels. Un message lu d'une voix monocorde retentit : "Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir"… Le temps se fige.

troglodyte

La Mazoire

Jusqu'à ce fameux message la vie s'écoulait paisiblement à Tourtenay… Un message personnel qui allait tout bouleverser.

Avertissant les hommes dès leur retour, c'est le branle-bas de combat qui s'amorce : c'est pour ce soir, cette fois ça y est. Il faut prévenir le reste de l'équipe à Thouars et rejoindre, une fois la nuit tombée, le terrain choisi par Londres.

 

Nuit du 14 au 15 juin 1943

Sous le clair de lune, huit hommes se tiennent dans la plaine de Tourtenay. Dissimulés par les haies et les buissons qui bordent le champ, ils ont préparé les lampes qui serviront au signal et ils attendent. Dans le silence de la nuit, assis sur un talus, chacun ne pense qu'à ce qui va se produire. Gérard, âgé de 22 ans, n'arrive pas à y croire. "Ce n'est pas possible, c'est un rêve " se répète-t-il.

Les heures passent. Toujours rien. Peu à peu le doute s'installe.

 

Soudain, un vrombissemnet de moteur retentit.

Roger Hélier le chef d'équipe donne l'ordre d'allumer les lampes. L'avion quadrimoteur rugit au-dessus de leurs têtes alors qu'il survole le terrain et répond au signal lumineux convenu par un léger balancement d'ailes. C'est lui ! L'émotion des hommes est à son comble. Mais l'avion s'éloigne vers l'ouest, les laissant seuls. En réalité, il ne s'agissait que d'un passage de reconnaissance afin de s'assurer de la présence de l'équipe de réception. Le pilote part survoler les villes environnantes afin d'y larguer des tracts de contre-propagande imprimés par les Alliés. Une fois cette diversion effectuée, il reviendra pour remplir sa mission.

 

L'attente est insoutenable. Mais bientôt, le ronronnement se fait entendre à nouveau, de plus en plus fort, puis subitement plus rien. Le pilote a coupé les moteurs. Les hommes effectuent à nouveau le signal lumineux et l'appareil délivre son précieux chargement avant de disparaître. Devant leurs yeux ébahis, tombe du ciel une pluie de parachutes et une demi-douzaine de containers. Agriculteurs, cheminots ou encore boulanger de profession, nos guetteurs n'ont jamais vu un parachute de leur vie. Ils s'élancent pourtant à travers le champ, jusqu'aux containers de plus de 150 kilos chacun. Décrocher les sangles auxquelles ils sont fixés n'a rien de simple. Comment diable plie-t-on un parachute ? Ils se débattent avec ces maudites voiles tentant de les ranger dans leurs sacs pendant que les minutes filent à toute allure. L'angoisse d'être repérés ne les quitte pas.

 

Alors que le terrain est bientôt nettoyé, ils découvrent avec effarement un septième parachute, plus petit.

Celui-ci est resté accroché dans les branches d'un saule. Que faire ? Le temps presse et le risque est immense. Gérard Pichot part en courant jusqu'à la ferme distante d'un kilomètre et demi, chercher une serpe. Une fois décroché, les résistants découvrent son contenu : une petite valise renfermant un poste émetteur. Seule indication : une inscription à la craie bleue : " Pour Gilbert". Qui est-il ? Ils l'ignorent.

poste emetteur

Poste émetteur-récepteur miniaturisé

Centre Régional "Résistance et Liberté"

Une fois rassemblés, containers et parachutes pliés sont chargés sur une charrette tirée par des bœufs.

L'équipe est euphorique mais le jour va se lever, il faut partir. À pas de loup, le convoi regagne le village endormi de Tourtenay. Bâti sur une butte, le village a été à plusieurs reprises le théâtre d'actions résistantes. Le sous-sol est ici parcouru d'un réseau de caves et galeries troglodytiques désaffectées, souvenir d'un temps où l'activité reposait sur les carrières de tuffeau. Lieu de cachette idéal, les résistants n'ont pas manqué d'exploiter cet atout. C'est dans une cave souterraine que les hommes entreposent, ce soir-là, les containers remplis d'armes et de matériel de sabotage avant d'en dissimuler l'accès.

container parachutage

Container 3 cellules

Les parachutes, eux, vont connaître un autre destin.

En effet, ce soir-là, l'enthousiasme conduit à l'insouciance. Certains membres de l'équipe, conscients de participer à une action extraordinaire, emportent avec eux, tels des trophées, quelques parachutes. Ceux qui restent et le plus petit sont dissimulés par Gérard Pichot dans une autre cave troglodytique.

Suite à cette glorieuse nuit, un sentiment d'invincibilité habite les résistants. Assez rapidement toutefois, l'inquiétude rejaillit lorsque Radio-Vichy annonce des soupçons de participation à des parachutages dans la région de Thouars. Durant l'été, l'étau se resserre. Les investigations menées entre Loire et Gironde par les polices allemandes et françaises aboutissent au démantèlement du mouvement Organisation Civile et Militaire. Frappée de plein fouet, l'équipe de Thouars-Tourtenay, à l'exception de Jean Hélier et Abel Tounoire, est arrêtée en août. La Gestapo bien renseignée fait irruption à la ferme et, à la stupeur des habitants, s'empare des containers dont elle connaît la cachette. Le père de Gérard, Léonce est arrêté. Gérard, lui ne le sera que quelques jours plus tard, le 19 août. Dans ce coup fatal porté à l'OCM, le Nord Deux-Sèvres paie un lourd tribut. Ce ne sont pas moins de 52 agents qui sont arrêtés. Parmi eux, 42 sont déportés vers l'Allemagne d'où 24 ne reviendront pas, victimes de la barbarie concentrationnaire nazie.

 

Une petite histoire dans la grande histoire.

Des parachutages de ce type sont organisés par centaines en France durant l'Occupation. Si les premiers auront lieu dès 1940, ils resteront assez confidentiels et surtout assez rares. Ce n'est véritablement qu'à partir de 1943, lorsque sera décidée une intervention des Alliés sur le sol français que ceux-ci se multiplieront. Ce sont alors des hommes et des milliers de containers contenant armes, munitions, matériel de sabotage qui vont être envoyés à la Résistance Intérieure. Ainsi armée, elle sera en mesure d'assister les troupes alliées lors de leur débarquement le 6 juin 1944 en Normandie et ainsi participer à la libération du territoire.

 

Le petit parachute tourtenaisien, quant à lui, restera un doux endormi. Ce n'est qu'à la Libération qu'il ressortira au grand jour, exhumé par Gérard Pichot lui-même, revenu de l'enfer de Buchenwald et Dora de même que son père.

Témoin de la participation à cette action extraordinaire, objet souvenir ou trophée, ce petit parachute conservé précieusement telle une bravade à l'occupant par la famille Pichot puis Hélier témoigne de l'engagement clandestin de cette famille.

Il a été donné au Centre Régional "Résistance & Liberté" en 2011 par Léone Hélier, veuve de Jean Hélier.

Lors des Journées du Patrimoine, le Centre Régional "Résistance & Liberté" a dévoilé aux curieux quelques objets tirés de ses réserves pour l'occasion. Parmi ceux-ci : un petit parachute dont voici l'histoire hors du commun.

(photo petit parachute fermé) 

Un jour dans la Résistance…

 

(photo La mazoire Tourtenay)

 

Le 14 juin, en fin d’après-midi… 

Pendant que Gérard Pichot et son père sont à la pêche, les femmes s'occupent à la ferme. Du poste de TSF grésillant s'échappent des bribes d'émissions de la BBC. Bien que ce soit strictement interdit et réprimé par Vichy et l'occupant, la famille Pichot a pris l'habitude de désobéir et d'écouter les nouvelles de la France Libre transmises par la radio de Londres. L'isolement relatif du village offre un sentiment de sécurité qui n'incite pas vraiment à la prudence et on prend peu de précautions lors de l'écoute. Les risques d'être repérés par la police sont minimes. Soudain, elles s'interrompent et prêtent l'oreille aux messages personnels. Un message lu d'une voix monocorde retentit : "Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir"… Le temps se fige.

 

Jusqu'à ce fameux message la vie s'écoulait paisiblement à Tourtenay… Un message personnel qui allait tout bouleverser.  

Avertissant les hommes dès leur retour, c'est le branle-bas de combat qui s'amorce : c'est pour ce soir, cette fois ça y est. Il faut prévenir le reste de l'équipe à Thouars et rejoindre, une fois la nuit tombée, le terrain choisi par Londres.

 

Nuit du 14 au 15 juin 1943. Sous le clair de lune, huit hommes se tiennent dans la plaine de Tourtenay. Dissimulés par les haies et les buissons qui bordent le champ, ils ont préparé les lampes qui serviront au signal et ils attendent. Dans le silence de la nuit, assis sur un talus, chacun ne pense qu'à ce qui va se produire. Gérard, âgé de 22 ans, n'arrive pas à y croire. "Ce n'est pas possible, c'est un rêve " se répète-t-il.

Les heures passent. Toujours rien. Peu à peu le doute s'installe.

 

Soudain, un vrombissemnet de moteur retentit.   

 

Roger Hélier le chef d'équipe donne l'ordre d'allumer les lampes. L'avion quadrimoteur rugit au-dessus de leurs têtes alors qu'il survole le terrain et répond au signal lumineux convenu par un léger balancement d'ailes. C'est lui ! L'émotion des hommes est à son comble. Mais l'avion s'éloigne vers l'ouest, les laissant seuls. En réalité, il ne s'agissait que d'un passage de reconnaissance afin de s'assurer de la présence de l'équipe de réception. Le pilote part survoler les villes environnantes afin d'y larguer des tracts de contre-propagande imprimés par les Alliés. Une fois cette diversion effectuée, il reviendra pour remplir sa mission.

 

L'attente est insoutenable. Mais bientôt, le ronronnement se fait entendre à nouveau, de plus en plus fort, puis subitement plus rien. Le pilote a coupé les moteurs. Les hommes effectuent à nouveau le signal lumineux et l'appareil délivre son précieux chargement avant de disparaître. Devant leurs yeux ébahis, tombe du ciel une pluie de parachutes et une demi-douzaine de containers. Agriculteurs, cheminots ou encore boulanger de profession, nos guetteurs n'ont jamais vu un parachute de leur vie. Ils s'élancent pourtant à travers le champ, jusqu'aux containers de plus de 150 kilos chacun. Décrocher les sangles auxquelles ils sont fixés n'a rien de simple. Comment diable plie-t-on un parachute ? Ils se débattent avec ces maudites voiles tentant de les ranger dans leurs sacs pendant que les minutes filent à toute allure. L'angoisse d'être repérés ne les quitte pas.

 

Alors que le terrain est bientôt nettoyé, ils découvrent avec effarement un septième parachute, plus petit. 

Celui-ci est resté accroché dans les branches d'un saule. Que faire ? Le temps presse et le risque est immense. Gérard Pichot part en courant jusqu'à la ferme distante d'un kilomètre et demi, chercher une serpe. Une fois décroché, les résistants découvrent son contenu : une petite valise renfermant un poste émetteur. Seule indication : une inscription à la craie bleue : " Pour Gilbert". Qui est-il ? Ils l'ignorent. (Photo poste émetteur : légende : poste émetteur récepteur miniaturisé. Centre Régional « Résistance & Liberté »)

 

Une fois rassemblés, containers et parachutes pliés sont chargés sur une charrette tirée par des bœufs.  

L'équipe est euphorique mais le jour va se lever, il faut partir. À pas de loup, le convoi regagne le village endormi de Tourtenay. Bâti sur une butte, le village a été à plusieurs reprises le théâtre d'actions résistantes. Le sous-sol est ici parcouru d'un réseau de caves et galeries troglodytiques désaffectées, souvenir d'un temps où l'activité reposait sur les carrières de tuffeau. Lieu de cachette idéal, les résistants n'ont pas manqué d'exploiter cet atout. C'est dans une cave souterraine que les hommes entreposent, ce soir-là, les containers remplis d'armes et de matériel de sabotage avant d'en dissimuler l'accès. (photo container)

Les parachutes, eux, vont connaître un autre destin. En effet, ce soir-là, l'enthousiasme conduit à l'insouciance. Certains membres de l'équipe, conscients de participer à une action extraordinaire, emportent avec eux, tels des trophées, quelques parachutes. Ceux qui restent et le plus petit sont dissimulés par Gérard Pichot dans une autre cave troglodytique.

Suite à cette glorieuse nuit, un sentiment d'invincibilité habite les résistants. Assez rapidement toutefois, l'inquiétude rejaillit lorsque Radio-Vichy annonce des soupçons de participation à des parachutages dans la région de Thouars. Durant l'été, l'étau se resserre. Les investigations menées entre Loire et Gironde par les polices allemandes et françaises aboutissent au démantèlement du mouvement Organisation Civile et Militaire. Frappée de plein fouet, l'équipe de Thouars-Tourtenay, à l'exception de Jean Hélier et Abel Tounoire, est arrêtée en août. La Gestapo bien renseignée fait irruption à la ferme et, à la stupeur des habitants, s'empare des containers dont elle connaît la cachette. Le père de Gérard, Léonce est arrêté. Gérard, lui ne le sera que quelques jours plus tard, le 19 août. Dans ce coup fatal porté à l'OCM, le Nord Deux-Sèvres paie un lourd tribut. Ce ne sont pas moins de 52 agents qui sont arrêtés. Parmi eux, 42 sont déportés vers l'Allemagne d'où 24 ne reviendront pas, victimes de la barbarie concentrationnaire nazie. 

 

Une petite histoire dans la grande histoire. 

Des parachutages de ce type sont organisés par centaines en France durant l'Occupation. Si les premiers auront lieu dès 1940, ils resteront assez confidentiels et surtout assez rares. Ce n'est véritablement qu'à partir de 1943, lorsque sera décidée une intervention des Alliés sur le sol français que ceux-ci se multiplieront. Ce sont alors des hommes et des milliers de containers contenant armes, munitions, matériel de sabotage qui vont être envoyés à la Résistance Intérieure. Ainsi armée, elle sera en mesure d'assister les troupes alliées lors de leur débarquement le 6 juin 1944 en Normandie et ainsi participer à la libération du territoire.

 

Le petit parachute tourtenaisien, quant à lui, restera un doux endormi. Ce n'est qu'à la Libération qu'il  ressortira au grand jour, exhumé par Gérard Pichot lui-même, revenu de l'enfer de Buchenwald et Dora de même que son père.

Témoin de la participation à cette action extraordinaire, objet souvenir ou trophée, ce petit parachute conservé précieusement telle une bravade à l'occupant par la famille Pichot puis Hélier témoigne de l'engagement clandestin de cette famille.

Il a été donné au Centre Régional "Résistance & Liberté" en 2011 par Léone Hélier, veuve de Jean Hélier.

Lors des Journées du Patrimoine, le Centre Régional "Résistance & Liberté" a dévoilé aux curieux quelques objets tirés de ses réserves pour l'occasion. Parmi ceux-ci : un petit parachute dont voici l'histoire hors du commun.

 

Un jour dans la Résistance…

 

Le 14 juin, en fin d’après-midi…

Pendant que Gérard Pichot et son père sont à la pêche, les femmes s'occupent à la ferme. Du poste de TSF grésillant s'échappent des bribes d'émissions de la BBC. Bien que ce soit strictement interdit et réprimé par Vichy et l'occupant, la famille Pichot a pris l'habitude de désobéir et d'écouter les nouvelles de la France Libre transmises par la radio de Londres. L'isolement relatif du village offre un sentiment de sécurité qui n'incite pas vraiment à la prudence et on prend peu de précautions lors de l'écoute. Les risques d'être repérés par la police sont minimes. Soudain, elles s'interrompent et prêtent l'oreille aux messages personnels. Un message lu d'une voix monocorde retentit : "Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir"… Le temps se fige.

 

Jusqu'à ce fameux message la vie s'écoulait paisiblement à Tourtenay… Un message personnel qui allait tout bouleverser.

Avertissant les hommes dès leur retour, c'est le branle-bas de combat qui s'amorce : c'est pour ce soir, cette fois ça y est. Il faut prévenir le reste de l'équipe à Thouars et rejoindre, une fois la nuit tombée, le terrain choisi par Londres.

 

Nuit du 14 au 15 juin 1943. Sous le clair de lune, huit hommes se tiennent dans la plaine de Tourtenay. Dissimulés par les haies et les buissons qui bordent le champ, ils ont préparé les lampes qui serviront au signal et ils attendent. Dans le silence de la nuit, assis sur un talus, chacun ne pense qu'à ce qui va se produire. Gérard, âgé de 22 ans, n'arrive pas à y croire. "Ce n'est pas possible, c'est un rêve " se répète-t-il.

Les heures passent. Toujours rien. Peu à peu le doute s'installe.

 

Soudain, un vrombissemnet de moteur retentit.

 

Roger Hélier le chef d'équipe donne l'ordre d'allumer les lampes. L'avion quadrimoteur rugit au-dessus de leurs têtes alors qu'il survole le terrain et répond au signal lumineux convenu par un léger balancement d'ailes. C'est lui ! L'émotion des hommes est à son comble. Mais l'avion s'éloigne vers l'ouest, les laissant seuls. En réalité, il ne s'agissait que d'un passage de reconnaissance afin de s'assurer de la présence de l'équipe de réception. Le pilote part survoler les villes environnantes afin d'y larguer des tracts de contre-propagande imprimés par les Alliés. Une fois cette diversion effectuée, il reviendra pour remplir sa mission.

 

L'attente est insoutenable. Mais bientôt, le ronronnement se fait entendre à nouveau, de plus en plus fort, puis subitement plus rien. Le pilote a coupé les moteurs. Les hommes effectuent à nouveau le signal lumineux et l'appareil délivre son précieux chargement avant de disparaître. Devant leurs yeux ébahis, tombe du ciel une pluie de parachutes et une demi-douzaine de containers. Agriculteurs, cheminots ou encore boulanger de profession, nos guetteurs n'ont jamais vu un parachute de leur vie. Ils s'élancent pourtant à travers le champ, jusqu'aux containers de plus de 150 kilos chacun. Décrocher les sangles auxquelles ils sont fixés n'a rien de simple. Comment diable plie-t-on un parachute ? Ils se débattent avec ces maudites voiles tentant de les ranger dans leurs sacs pendant que les minutes filent à toute allure. L'angoisse d'être repérés ne les quitte pas.

 

Alors que le terrain est bientôt nettoyé, ils découvrent avec effarement un septième parachute, plus petit.

Celui-ci est resté accroché dans les branches d'un saule. Que faire ? Le temps presse et le risque est immense. Gérard Pichot part en courant jusqu'à la ferme distante d'un kilomètre et demi, chercher une serpe. Une fois décroché, les résistants découvrent son contenu : une petite valise renfermant un poste émetteur. Seule indication : une inscription à la craie bleue : " Pour Gilbert". Qui est-il ? Ils l'ignorent. (Photo poste émetteur : légende : poste émetteur récepteur miniaturisé. Centre Régional « Résistance & Liberté »)

 

Une fois rassemblés, containers et parachutes pliés sont chargés sur une charrette tirée par des bœufs.

L'équipe est euphorique mais le jour va se lever, il faut partir. À pas de loup, le convoi regagne le village endormi de Tourtenay. Bâti sur une butte, le village a été à plusieurs reprises le théâtre d'actions résistantes. Le sous-sol est ici parcouru d'un réseau de caves et galeries troglodytiques désaffectées, souvenir d'un temps où l'activité reposait sur les carrières de tuffeau. Lieu de cachette idéal, les résistants n'ont pas manqué d'exploiter cet atout. C'est dans une cave souterraine que les hommes entreposent, ce soir-là, les containers remplis d'armes et de matériel de sabotage avant d'en dissimuler l'accès. (photo container)

Les parachutes, eux, vont connaître un autre destin. En effet, ce soir-là, l'enthousiasme conduit à l'insouciance. Certains membres de l'équipe, conscients de participer à une action extraordinaire, emportent avec eux, tels des trophées, quelques parachutes. Ceux qui restent et le plus petit sont dissimulés par Gérard Pichot dans une autre cave troglodytique.

Suite à cette glorieuse nuit, un sentiment d'invincibilité habite les résistants. Assez rapidement toutefois, l'inquiétude rejaillit lorsque Radio-Vichy annonce des soupçons de participation à des parachutages dans la région de Thouars. Durant l'été, l'étau se resserre. Les investigations menées entre Loire et Gironde par les polices allemandes et françaises aboutissent au démantèlement du mouvement Organisation Civile et Militaire. Frappée de plein fouet, l'équipe de Thouars-Tourtenay, à l'exception de Jean Hélier et Abel Tounoire, est arrêtée en août. La Gestapo bien renseignée fait irruption à la ferme et, à la stupeur des habitants, s'empare des containers dont elle connaît la cachette. Le père de Gérard, Léonce est arrêté. Gérard, lui ne le sera que quelques jours plus tard, le 19 août. Dans ce coup fatal porté à l'OCM, le Nord Deux-Sèvres paie un lourd tribut. Ce ne sont pas moins de 52 agents qui sont arrêtés. Parmi eux, 42 sont déportés vers l'Allemagne d'où 24 ne reviendront pas, victimes de la barbarie concentrationnaire nazie.

 

Une petite histoire dans la grande histoire.

Des parachutages de ce type sont organisés par centaines en France durant l'Occupation. Si les premiers auront lieu dès 1940, ils resteront assez confidentiels et surtout assez rares. Ce n'est véritablement qu'à partir de 1943, lorsque sera décidée une intervention des Alliés sur le sol français que ceux-ci se multiplieront. Ce sont alors des hommes et des milliers de containers contenant armes, munitions, matériel de sabotage qui vont être envoyés à la Résistance Intérieure. Ainsi armée, elle sera en mesure d'assister les troupes alliées lors de leur débarquement le 6 juin 1944 en Normandie et ainsi participer à la libération du territoire.

 

Le petit parachute tourtenaisien, quant à lui, restera un doux endormi. Ce n'est qu'à la Libération qu'il ressortira au grand jour, exhumé par Gérard Pichot lui-même, revenu de l'enfer de Buchenwald et Dora de même que son père.

Témoin de la participation à cette action extraordinaire, objet souvenir ou trophée, ce petit parachute conservé précieusement telle une bravade à l'occupant par la famille Pichot puis Hélier témoigne de l'engagement clandestin de cette famille.

Il a été donné au Centre Régional "Résistance & Liberté" en 2011 par Léone Hélier, veuve de Jean Hélier.

Le mardi 26 novembre à 20h30 se tiendra au Centre Régional "Résistance & Liberté" une conférence - rencontre avec Michel Chaumet, historien, sur le thème L'Organisation Civile et Militaire, un vaste mouvement de Résistance en Deux-Sèvres".

  • Entrée 2€. Gratuit : étudiant, -18 ans et demandeur d'emploi.
  • Réservation fortement conseillée au 05 49 66 42 99

 

Pour en savoir plus sur les événements qui ont marqué cette période de l'histoire, le Centre Régional "Résistance & Liberté" propose du 4 novembre au 28 février 2014 l'exposition temporaire "1943, l'année des tournants".

  • Ouverture : Pour les groupes, tous les jours sur rendez-vous. Pour les individuels, du lundi au vendredi de 14h à 18h.
  • Plein tarif : 2,50€, Tarifs réduits de 1,50 à 2€. Gratuit : étudiant, -18 ans, demandeur d'emploi.

Sam a visité le Centre Régional Résistance et Liberté : voir la vidéo "Y'a quoi à voir au CRRL?"

Plus d'infos sur le CRRL sur leur site internet

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