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Sur les pas des Hommes de l’Argentonnais…

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Bénédicte

Par Bénédicte

le vendredi 24 juillet 2015

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  • Sur les pas des Hommes de l’Argentonnais…

L’Argentonnais : un territoire façonné par l’implication d’hommes passionnés, de Philippe de Commynes au XVème siècle à Camille Jouffrault au XIXème siècle ; un espace de pleine nature préservée grâce à un grand défenseur de l’environnement du début du XXème siècle, Albert Fournier ; un site classé ENS (Espace Naturel Sensible) avec le Clos de l’Oncle Georges en hommage à l’aventurier Georges Jouffrault ; et au XXIème siècle, l’association des 3A qui réunit des passionnés d’Histoire et de mise en valeur du patrimoine de ce secteur enchanteur, notamment James Hervé, qui nous livre plein de détails sur le sujet…

 

Argenton-Château devient Argenton les Vallées

Le château d'Argenton les Vallées

© G Koch

 

Au point de contact entre le Bocage vendéen et la plaine thouarsaise, Argenton tient son nom d’une rivière mentionnée dès 965 par le cartulaire de Saint-Cyprien de Poitiers. Argenton, selon certains toponymistes se traduirait par Argentum, «marché de l’argent», et ce, du fait des actives transactions qui très tôt s’y effectuèrent.

Au confluent de l’Ouère et de l’Argenton, la cité vit à l’époque romaine, son oppidum gaulois céder la place à un camp solidement implanté, remplacé lui-même au Moyen Age par une puissante forteresse. Argenton devint alors Argenton-Château.

Perchée au sommet d’un promontoire dominant deux vallées profondes, l’endroit a été habité dès les temps préhistoriques. On y a découvert des haches de pierre et d’autres vestiges. Des tombes mérovingiennes ont été mises à jour dans le bourg.

La ville fut en grande partie détruite pendant la Révolution française quand elle a été rebaptisée "Argenton le Peuple" par les Révolutionnaires. La ville fut brûlée avec son château en 1796, les portes et une partie des remparts et des dépendances du château également.

Sur le site de l’ancien château seigneurial ont été édifiées au XIXème siècle deux maisons de maître, les chapelles Saint Georges attenantes conservent un ensemble de peintures religieuses médiévales sur la voûte du chœur en cul-de-four (le Christ en Majesté et les quatre Evangélistes).

 

Le patrimoine d'Argenton les Vallées

© Exposition Tramway des Deux-Sèvres - Argenton les Vallées © Association Les 3 A

 

Au XXIème siècle, Argenton-Château a conservé le pont Cadoret, la porte Gaudin, l’église Saint Gilles avec son remarquable portail du XIIème siècle et les chapelles du château.

En 2006, Argenton-Château s’associe aux communes de Boësse et Sanzay pour former Argenton les Vallées… Mais revenons un peu au début d’Argenton avec les hommes qui ont marqué son Histoire… J’ai rencontré James Hervé, membre de l’association des 3 A d’Argenton les Vallées, passionné d’histoire et de préservation du patrimoine. L’histoire de ce territoire est riche de personnes qui ont façonné ce que vous pouvez admirer aujourd’hui : des sites remarquables tels que le château de Sanzay, l’église romane Saint-Gilles, le lac d’Hautibus, la Passerelle d’Auzay, les portes et ponts médiévaux…

 

Philippe de Commynes, Seigneur d’Argenton (1445-1511)

Philippe de Commynes

 

Né en 1445 à Rénescure dans les Flandres, tout près de Lille, Philippe de Commynes est un historien et diplomate français dont les Mémoires constituent un document essentiel sur les règnes de Louis XI et Charles VIII. Il entre très tôt comme écuyer au service de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, auquel il sera attaché pendant dix-sept ans, avant de passer au service du roi Louis XI jusqu’en 1483. Au vu des services qu’il lui rend, le roi Louis lui octroie de nombreuses terres, et la seigneurie d’Argenton devient sa résidence principale suite à son mariage avec Hélène de Chambes.

Le roi Louis XI rend visite à plusieurs reprises à Philippe de Commynes dans son château d’Argenton. Parlant plusieurs langues, il est destiné à des fonctions diplomatiques ; ce qui l’amène à échanger avec les plus grandes familles de Venise ou Florence. Les Italiens l’appellent "Monsignore di Argentone". Il entreprend de nombreux travaux au château jusqu’à même créer un étang pour la conservation des poissons… Il répare également les halles. A cette époque, la prospérité est visible par la présence de halles et de plusieurs places spécialisées comme la place du marché aux bêtes, la place du marché au blé et la place aux bois. En 1838, Argenton avait 11 foires aux bestiaux dites de « quinzaine » et 2 foires des champs.

  • Un arrêté de 1908 stipule qu’il est interdit de commencer à négocier avant l’ouverture de la foire au son de la cloche.

Les gisants au musée du Louvre

 

Décédé en 1511 dans son château, ses Mémoires (8 tomes) sont publiées en 1524 et traduites ensuite en une dizaine de langues (la dernière en russe en 1981). Ils constituent le premier ouvrage d’analyse politique moderne et ont été éditées plus de 120 fois ! Avec un style riche et plein de relief et dans de froides analyses, il n’hésita pas à montrer la vanité de l’action militaire et la stupidité de l’action chevaleresque, estimant que la ruse, la corruption, la cynique intelligence politique sont d’une efficacité bien supérieure... Il fut inhumé à Paris au couvent des Grands-Augustins où il avait fait construire une chapelle décorée par le sculpteur italien Guido Mazzoni, pour y abriter son tombeau et ceux de sa femme et de sa fille.

  • Leurs restes furent dispersés pendant la Révolution, mais les statues en pierre (les orants ou « priants ») furent sauvées et sont visibles au musée du Louvre.

 

 

 

 

 

Camille Jouffrault : le défenseur acharné du TDS (1845-1905)

Camille Jouffrault

 

Né à Argenton-Château en 1845, ce fils de notable étudie à Argenton puis à Parthenay et Poitiers avant des études de droit à Paris qui le consacrent avocat. En 1870, il devient rédacteur puis propriétaire et directeur du « Journal des Percepteurs ». Il participe à la première guerre franco-allemande en 1870 où il est interné à Leipzig. A 27 ans en 1872, il succède à son père en tant que conseiller général avant de devenir maire en 1876. En 1877, il échoue de justesse aux élections législatives contre le candidat monarchiste, le marquis de La Rochejaquelein. Mais en 1879, à 34 ans, il obtient sa revanche et devient le premier député de gauche de la circonscription de Bressuire. Il soutient la politique de Jules Ferry et de Gambetta. En 1891, il devient Sénateur.

 

 

 

 

Sur le plan local

 Son activité inlassable permet le développement indiscutable de la commune. En 1871, il est membre fondateur de la Société de l’Emancipation, origine de la bibliothèque ! En 1873, le premier corps de sapeurs-pompiers d’Argenton est créé. En 1875, la gratuité de l’école de garçons est votée. En 1877, l’éclairage de la ville est installé et il envisage la création d’une coopérative de boulangerie pour lutter contre le pain cher. Il fait construire entre 1881 et 1885 une monumentale école supérieure de jeunes filles au rond-point du 4 août, ce bâtiment est toujours visible aujourd’hui. Devenu membre de la commission départementale des chemins de fer au Sénat, il se bat pour la construction d’une ligne de tramway dans le nord des Deux-Sèvres, le fameux TDS, et une gare voit le jour. Il participe à la reconstruction de l’église Saint Gilles, un des plus beaux exemples de l’Art roman en Poitou avec un portail du XIIème siècle, classé monument historique en 1907.

Portail XIIème s. Eglise Saint Gilles Argenton les Vallées

© P Wall

  • Avec ses chapiteaux ornés d’animaux fantastiques personnifiant la luxure s’ajoutent, vigoureusement traités par les imagiers du Moyen Age, les habituels thèmes de l’iconographie poitevine : anges soutenant l’agneau symbolique, chevaliers en cotte de maille foulant du pied des monstres personnifiant les vices, parabole des vierges sales et des vierges folles, festin du riche devant Lazare, apôtres proclamant la gloire du Christ, travaux saisonniers alternant avec les signes du Zodiaque…

 

Sur le plan national

Le député Camille Jouffrault siège à l’extrême gauche de l’Union républicaine et vote entre autres, pour la laïcité, la gratuité et l’obligation de l’enseignement, et contre le projet restrictif à la liberté de la presse.

 

  • Après sa mort en 1905, la route des Aubiers devient « avenue Camille Jouffrault » en 1908.

 

Georges Jouffrault : un aventurier passionné de faune et flore (1877-1949)

En 1834, le château d’Argenton fut vendu à la famille Jouffrault, après être passé entre les mains des Seigneurs de Châtillon ou encore la famille de Crussol ou de la Garde. L’aventurier Georges Jouffrault, parent et député du sénateur Camille Jouffrault, était originaire d’Argenton-Château. Georges serait né en Afrique lors d’une des expéditions de son père. Il a hérité de cette passion, ramenant à Argenton quelques animaux bien peu communs (collection exposée à la mairie d’Argenton). Ce personnage haut en couleur aimait dormir à la belle étoile et écouter les bruits de la nature. Passionné de faune et de flore, il aimait observer, du toit de sa maison bien nommée « Bellevue », les animaux qui gambadaient dans son clos.

 

Le clos de l'Oncle Georges

© P Wall

 

L’actuel Clos de l’Oncle Georges, l’un des Espaces Naturels Sensibles des Deux-Sèvres (ENS), porte son nom. Ce parc paysager de près de dix hectares a été réaménagé pour être ouvert au public dès 2009. Situé en bordure sud du bourg, ce site est bien placé entre le centre-bourg et la vallée, à proximité des « jardins d’Argenton » et du lac d’Hautibus, lieux très fréquentés par les Argentonnais. Le site est pratiquement clos de murs.

Sur les pas de l'Oncle Georges - Livret découverte

 

Le versant exposé au sud (rive gauche) est constitué de coteaux et de prairies en fond de vallée.Le versant exposé au nord est plus escarpé et complètement boisé. Un sentier en boucle d’environ 1.2 km vous fait découvrir une faune et flore locales et exotiques exceptionnelles. On y croise entre autres, des jacinthes des bois, des platanes sur lesquels sont installés des nichoirs et hôtels à insectes, des conifères en belvédère et deux remarquables tulipiers de Virginie. Une autre curiosité de ce clos, c’est l’ancienne bergerie aménagée en bibliothèque ! Vous pouvez y lire tranquillement sur des transats ! Et l’on y voit également une étonnante sculpture réalisée par Christophe Gonnet « Entourage » pour un peu plus loin emprunter le passage à gué sous le pont de la route de Bressuire en apercevant une très vieille passerelle, la « passerelle aux biches » installée pour permettre le passage de animaux entre les deux rives.

 

 

  • Jusqu’en septembre 2015, les œuvres de l’artiste associé en 2015 à Festiv’Arts (festival d’arts plastiques en mai en Argentonnais) Denis Tricot, sont visibles au Clos de l’Oncle Georges.
  • Un livret découverte permet de découvrir l'histoire de ces lieux

Maurice Fourré, ami d’enfance de Georges Jouffrault et romancier, s’est inspiré de lui pour son personnage Philibert Orgilex » dans son roman « La Marraine du Sel ».

 

Vallée de l'Argenton

© P Wall

Albert Fournier : défenseur de l’environnement avant l’heure (1894-1985)

En 1942, un projet de carrière dans la vallée de l’Argenton, au lieu-dit « Le Rocher Corbeau », attire les craintes d’Albert Fournier, chirurgien-dentiste parisien installé au Breuil-sous-Argenton. Il refuse alors de voir cette magnifique vallée saccagée par ce projet. Il prend alors son bâton de pèlerin mais a du mal à faire comprendre à l’époque localement l’intérêt de ce site exceptionnel. Engagé et infatigable, cet homme s’obstine… Albert Fournier organise des campagnes d’information, des soirées de projections photographiques pour faire prendre conscience aux locaux de l’importance de préserver cette vallée, de l’énorme chance d’avoir ce site sous leurs yeux... Et en 1948, le site est classé par le ministère… Il continue et lance en 1950 les bases d’un syndicat d’initiatives avec l’aide de Francis Saunier, artiste peintre bressuirais.

 

Le Pont Neuf à Argenton les Vallées

© G Koch

 

Georges Bordonove (1920-2007), célèbre écrivain et historien, amis d’Albert Fournier, le qualifiait «d’inventeur de la plus belle vallée du département ». Sur le site du Rocher Corbeau, il écrivait : « de ce point, on a vue sur toute la vallée, on admire le moutonnement des arbres ; le silence que l’on goûte n’opprime pas. On pense à la vie des hommes primitifs… ». Avec lui, il édite le premier dépliant touristique de l’argentonnais.

Ensuite, tout s’enchaîne :

  • 1955 : création du terrain de camping de Ciron, l’un des tout premiers du département
  • 1956 : représentation théâtrale en plein air des « Romanesques », place Bergeon
  • 1958 : projection de diapositives sur fond musical et concours de maisons fleuries (1er prix départemental)
  • 1962 : commémoration du 450ème anniversaire de la mort de Philippe de Commynes
  • 1966 : candidature au label « station verte de vacances »
  • 1969 : création du lac d’Hautibus (consécration de l’image touristique)

Pour l’ensemble de son œuvre, Albert Fournier est décoré à deux reprises : d’abord de la médaille d’honneur de la Jeunesse et des Sports, et du titre de chevalier du mérite touristique.

 

Bernadette Lafont : Argenton, sa « thalasso mentale »… (1938-2013)

Bernadette Lafont à Argenton les Vallées

 

Originaire de Nîmes, la comédienne Bernadette Lafont y acheta en 2006, sur la suggestion de son compagnon, l'artiste peintre Pierre de Chevilly (lui-même acquéreur ensuite de l'ancienne école communale des garçons), une petite maison avec jardin surplombant cette dernière, qu'elle aménagea pour y séjourner de temps à autre. Séduite par le calme et le charme du lieu, elle disait considérer Argenton comme « sa thalasso mentale ».

Intégrée à la population locale qui appréciait sa simplicité, elle apporta gracieusement son amical concours à la grande fête médiévale de juin 2011 pour le 500ème anniversaire de la mort de Philippe de Commynes, et au festival «Terre de Lecture» au clos de l'oncle Georges (Jouffrault) le 7 juin 2013 ; sa venue était prévue le 9 août suivant, mais victime successivement d'un accident cardio-vasculaire cérébral alors qu'elle se reposait dans sa maison familiale de Saint-André-de-Valborgne, puis d'un arrêt cardiaque le 22 juillet, elle meurt trois jours après au CHU de Nîmes.

Le 22 juin 2014, en présence de ses proches, son nom fut donné à la bibliothèque de la communauté d'agglomération du Bocage bressuirais à Argenton les Vallées au cours d'un après-midi d'hommage qui lui fut rendu par ses nombreux amis et admirateurs.

 

 

L’Argentonnais, que dire si ce n’est allez-y ! Ouvrez grand les yeux, écoutez, inspirez-vous de cet exceptionnel territoire préservé, dont les richesses patrimoniales sont issues de l’implication de nombreux hommes, sans qui tout cela n’existerait pas… Et faîtes comme Bernadette Lafont ou cet artiste peintre anglais Alex Flint, installez-vous y ! Le temps d’une journée, d’un week-end voire plus… Vous serez enchanté… Peut-être laisserez-vous une trace de votre passage ici ? A vous de voir…


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