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Noirvault, un refuge au coeur des Deux-Sèvres - Désobéissance et résistance en Deux-Sèvres : l'exemple de la cache des Juifs.

Marie-Fanélie

Par Marie-Fanélie

le mardi 26 mai 2015

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  • Noirvault, un refuge au coeur des Deux-Sèvres - Désobéissance et résistance en Deux-Sèvres : l'exemple de la cache des Juifs.

Hameau isolé des Deux-Sèvres, le Noirvault devient, durant l'Occupation, un refuge pour 7 enfants juifs et 2 adultes. Tous menacés d'arrestation dans la capitale, une partie d'entre eux doit sa prise en charge au mouvement de Résistance : Mouvement National Contre le Racisme (MNCR), créé à Paris en 1942.

 

La persécution des Juifs

Identifier, exclure, marquer

Entre 1940 et 1942, des mesures antisémites d'exclusion prises par l'occupant et par l'Etat français s'abattent sur les juifs de France. Ainsi, la 1ere ordonnance allemande ordonne le recensement des juifs résidant en zone occupée dès septembre 1940. Parallèlement, l'Etat français promulgue, de sa propore initiative, le 1er Statut juif (3 octobre 1940), loi raciale qui sera renforcée par le 2nd Statut juif le 2 juin 1941. Les juifs sont exclus de toutes les professions, favorisant leur précarisation.

L'année 1942 renforce ces mesures de persécution en rendant obligatoire le port de l'étoile jaune en zone occupée pour tous les juifs âgés de plus de 6 ans.

 

Rafler, déporter

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942 a lieu la rafle du Vél d'Hiv. Ordonnée par les autorités allemandes et menée par la police et la gendarmerie françaises, elle voit l'arrestation de plus de 13 000 juifs. Pour la première fois en France, hommes, femmes, enfants et vieillards sont arrêtés sans distinction et rassemblés dans le Vélodrome d'Hiver. Ils sont ensuite rassemblés dans les camps d'internement du Loiret ou de Drancy avant d'être déportés vers Auschwitz-Birkenau d'où nombre d'entre eux ne reviendra pas.

De là, les arrestations massives se multiplient et le danger pèse lourdement sur les juifs restant à Paris.

 

Le Noirvault, un refuge au coeur des Deux-Sèvres

 

carte de noirvault

 Le Noirvault en Deux-Sèvres, espace sécurisé

 

Situé à 6 kilomètres de Moncoutant, le hameau du Noirvault est habité par neuf familles (sept protestantes et deux catholiques). C'est parmi elles que sont cachés, à partir de l'été 1942 au lendemain de la rafle du Vél d'Hiv, sept enfants et deux jeunes mères. La plupart des enfants sont les enfants de cadres du Mouvement National Contre le Racisme (MNCR). L'une des jeunes femmes, Anna Neustadt, est quant à elle activement recherchée à Paris pour faits de Résistance.

 

Pourquoi le Noirvault ?

Comment expliquer l'organisation d'un refuge pour des personnes juives de région parisienne dans ce lieu ? La réponse est : Léon Chertok.

Ce résistant est membre du Mouvement National Contre le Racisme (MNCR), dépendant des FTP-MOI. Luttant contre le nazisme et le régime de Vichy par des actions de contre-propagande et des actions armées, ce mouvement recherche un lieu sûr pour y cacher les enfants de cadres du MNCR, ces derniers étant activement recherchés.

Or, Léon Chertok a pour amie Eva Fradin, jeune institutrice à Paris et originaire du village du Noirvault où résident toujours ses parents. C'est grâce à Eva que Léon Chertok découvre l'existence de ce havre deux-sévrien qui présente des caractéristiques intéressantes pour en faire un lieu de cache.

Isolé dans une zone boisée et à l'abri des regards, le hameau du Noirvault ne compte que quelques habitations. Son isolement et son caractère rural en font un lieu peu soumis au passage des patrouilles allemandes et donc un espace relativement sécurisé, propice à la cache de persécutés et pourchassés. Cet isolement favorise par ailleurs le développement de relations étroites entre les familles qui y résident et s'entraident tout au long de l'année pour les travaux divers. La solidarité et la confiance entre les habitants y est forte.

 

A partir de l'été 1942, 7 enfants et deux jeunes adultes trouvent refuge grâce à la filière organisée depuis Paris par Eva Fradin et Léon Chertok. L'accueil organisé au village par les parents d'Eva, Noémie et Camille Fradin, est chaleureux.

Noémie et son enfant cachés à Noirvault

Noémie Fradin et Gabriel Guy Neustadt, Le Noirvault, 1944 © Conservatoire de la Résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres

 

Solidarité, complicités et secret pour la protection des "cachés"

Grâce à la mobilisation, la complicité et la solidarité de tout un village, les jours s'écoulent paisiblement. Les troupes allemandes bien que présentes dans les villes alentours, ne viennent que très peu au village. La complicité des familles résidant au hameau permet en cas de danger de réagir au plus vite et d'organiser la cache ou la fuite. Les enfants fréquentent l'école de Pugny sous une fausse identité et avec la complicité de l'institutrice. Les familles les accueillent, les hébergent et veillent sur eux.

 

Pour autant, les risques ne sont pas absents. Au printemps 1944, sur dénonciation, les services de la Gestapo entrent dans le village. Les villageois organisent rapidement la cache et le transfert des enfants menacés vers un nouveau refuge.

 

Et après la guerre ?

Grâce à la réactivité et à la solidarité des habitants du village, aucun des enfants cachés au Noirvault n'a été arrêté. En reconnaissance des risques pris par les villageois et de leur engagement pour tenter de sauver leurs petits protégés, Noémie Fradin a été déclarée "Juste parmi les Nation " par l'Etat d'Israël. Cette distinction honore les non-juifs qui ont par leur action sauvé des juifs de façon désintéressée durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Ce titre ne doit pas faire oublier pour autant que c'est l'ensemble des habitants du village qui, par leur silence complice et leur solidarité, ont permis la réussite de ce sauvetage.

 

Illustration bandeau : veillée au Noirvault
Légende : Veillée au Noirvault, 1943 © Archives privées – Jean-Marie Pouplain

  • Visite commentée de l'exposition pour petits et grands le dimanche 31 mai à 16h30. Durée 45 min. A partir de 7 ans. (Rens. / Tarifs / Réservation : 05 49 66 42 99)
  • Le site web du Centre Régional "Résistance & Liberté" : www.crrl.fr
  •  À VENIR : Rencontre avec Jean Hertz, enfant caché en Deux-Sèvres durant l'Occupation, il viendra témoigner de son parcours le dimanche 31 mai à 14h30 au Centre Régional "Résistance & Liberté". Entrée 2€. Gratuité -18 ans, étudiant, demandeur d'emploi, adhérent CRRL. (Réservation conseillée : 05 49 66 42 99)
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