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J’ai rencontré Jean MIGAULT, protestant du XVIIè siècle…

Persil

Par Persil

le vendredi 19 juillet 2013

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  • J’ai rencontré Jean MIGAULT, protestant du XVIIè siècle…

…au Musée du Poitou protestant à BEAUSSAIS

 

«Ma chère fille, je suis presque au bout de ma course dans cette terre d'exil et il me parait important de te faire parvenir ce récit... En Poitou, comme partout en France, une des pages les plus sombres de notre histoire va...»

 

Dès les premiers instants de cette visite, je suis touché par cette histoire qui me semblait encore étrangère en passant le seuil de l’édifice roman. Ce captivant « parcours-spectacle », en quatre tableaux, nous permet de rencontrer les « hérétiques ».

 

parcours spectacle duy Musée du Protestantisme


Parcours spectacle du Musée du Protestantisme


Qui étaient-ils ?

Jean Migault est né en 1644 à Thorigné, en Deux-Sèvres. Instituteur, père de quatorze enfants, protestant, il rédige à leur intention un journal qui raconte notamment ses « sept ans de malheur » et la vie tragique de ses propres ancêtres, depuis les toutes premières persécutions d’un pouvoir qui voulait imposer sa religion à l’ensemble du royaume. Son grand-père, son père puis Jean lui-même sont les héros humbles d’une série d’événements violents qui hantent nos campagnes déshéritées. L’intolérance est omniprésente.

 

Musée du Protestantisme

 

On nous raconte comment Jean réussit à échapper à la première dragonnade, sans subir de conversion forcée. Il doit s’enfuir, est arrêté à La Rochelle et abjure sa religion pour sauver sa famille et être libéré. Il meurt en exil. L’histoire locale et l’histoire nationale s’entremêlent. Le Poitou se retrouve au cœur du conflit : Henri de Navarre « l’hérétique » et Catherine de Médicis « la papiste » se retrouvent au château de la Mothe-St-Héray pour engager des pourparlers qui n’aboutiront pas, les « tristement-célèbres » dragonnades sont expérimentées en Poitou...

 

La mission des dragons est claire : obtenir des conversions à n’importe quel prix. Cinq cents personnes se convertissent à Mougon en une seule journée ! Un registre identifie les nouveaux convertis : on y trouve des enfants et même des nouveau-nés. Les dragonnades se renouvèleront régulièrement pendant 70 ans... Le Pape déclare le Poitou « Terre de mission », ce qui ne présage rien de bon. 80 % de la population rochelaise est décimée.


cimetière protestant


Cimetière protestant

 

Laïcité, instruction et résistance

La Bible étant la source de la doctrine que l’on veut contrôler, le livre devient l’objet de toutes les attentions. Un libraire de Niort est fouetté en place publique pour avoir vendu une Bible de Genève (version calviniste), L’instruction est l’arme redoutable des protestants : les mères apprennent aux enfants à lire la Bible, car savoir lire et écrire, privilège des moines à cette époque, donne accès au libre-choix et à la connaissance, ouvre de nouveaux horizons et libère l’intelligence. Les bibles sont diffusées dans la campagne par les colporteurs qui les troquent contre des boisseaux de blé. La contagion de la lecture s’étend. Condamnés à la clandestinité pour vivre leur religion, les protestants du Poitou se réunissent au cours d’assemblées secrètes : « le désert ». La répression est féroce. Leurs biens sont saisis. Ils n’ont plus d’état civil, il faut enterrer les morts dans les jardins familiaux... De nombreux pasteurs sont obligés de s’exiler.

 

«...La mort dans l’âme, je partis de ce pays qui ne voulait plus de nous... »

 

courrier dragonnade


Faire fuir les pasteurs est une erreur, car tous les protestants ont le droit de prêcher, c’est une église sans hiérarchie, et le relais est vite pris. Comment s’est organisée la résistance ? Comment les protestants ont-ils combattu les espions catholiques ? Comment ce contexte de violence et d’oppression a-t-il forgé des valeurs qui aujourd’hui encore influencent notre société ? Il faudra attendre la révolution et « la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » pour que chacun puisse pratiquer la religion de son choix.

 

Un réel malentendu

Ce musée est victime de son nom. Son appellation crée un malentendu que je veux dissiper ici. Non, ce n’est pas un musée religieux. Non, il ne fait aucun prosélytisme. Il aurait dû s’appeler, si ce nom n’était déjà pris, le « Centre résistance et liberté »... Si cela avait été le cas, j’y serais allé probablement bien plus tôt. Ma propre éducation catholique a bizarrement freiné mon déplacement... Ce musée est un grand livre d’histoire qui m’a touché, car il raconte celle de nos ancêtres et de leurs voisins, avec simplicité et précision, en distinguant les réalités locales parfois opposées aux injonctions nationales : la solidarité de voisinage, entre protestants et catholiques, était souvent une réalité dans notre région. Les deux communautés étaient sans doute réunies par leur pauvreté et leurs difficultés quotidiennes. Ce musée m’a touché, car à travers cette histoire, c’est celle de tous les opprimés, de tous les exilés, de tous les résistants, de toutes les victimes des obscurantismes de tous poils qui est contée. Il m’a touché, car il est un hymne au savoir, à l’éducation, à la laïcité et à la solidarité. Des valeurs qui ont irrigué l’histoire du département, créant les premières coopératives et le mouvement mutualiste. Des initiatives vitales souvent initiées par des protestants. La visite du Musée du Poitou protestant est un voyage vers l’émancipation et vers la liberté.


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