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J’ai croisé ORUS, coursier d’un petit village gaulois…

Persil

Par Persil

le vendredi 26 juillet 2013

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  • J’ai croisé ORUS, coursier d’un petit village gaulois…

 

…au Musée de Rauranum à ROM

 

Dites chef, ce bloc de pierre, je l’emmène où ?

 

Dès l’entrée du musée, le ton est donné. Je croise Orus puis Paulin de Nole, le poète qui entretient une correspondance avec son maître Ausone.

Orus se déplace debout dans son char, tiré par un beau cheval dont le harnais est fait de lanières de cuir de bœuf reliées par des anneaux de bronze. Le gaulois-coursier s’est arrêté au relais de Rauranum pour se laver aux thermes publics et réparer une hypposandale défectueuse.

 

 

musée de rauranum

 

Il en profite pour prendre quelques os à moelle chez le boucher, il est encore bien loin de Mediolanum Santonum (Saintes). Il hésite, quelques petites portions de viande de mouton non désossées le tentent également. Son attention est attirée par une belle femme maquillée qui vient de pénétrer dans l’atelier. Une épingle en os retient ses abondants cheveux, des perles côtelées en pâte de verre ornent son cou, elle est vêtue d’une tenue de lin teintée en bleu, le vêtement est retenu par des fibules en bronze argenté. A son doigt, une bague représente un amour ailé tenant une grappe de raisin. En ce début de IIIe siècle, Orus sent bien que cette femme est, à bien des égards et comme beaucoup d’autres, l’égale de l’homme, indépendante et influente, exerçant probablement un métier. Il décide finalement de prendre du mouton.

 

Des fouilles sauvées par des cèdres

 

fouilles rauranum

 

Le musée de Rauranum présente les découvertes réalisées lors des fouilles archéologiques successives du site. Les premières remontent à 1883, engagées par l’abbé Métais. La cité gallo-romaine était située sur une voie romaine impériale, hautement stratégique et fréquentée, reliant Poitiers à Saintes. Rauranum s’étendait sur 40 hectares. Plusieurs équipes de fouilles se succèdent, les découvertes sont d’importance. Le notaire de Rom, Jean-Théophile Blumereau, découvre entre 1887 et 1897 une riche maison qui s’étend sur 2500 m2. A la fin de ses recherches, le notaire recouvre de terre le chantier de fouilles et plante des arbres pour protéger les vestiges. Sur les plus importants, il plante des cèdres. Il sait que l’indication sera précieuse pour ses successeurs et rédhibitoire pour les voleurs de pierre : cet arbre noble est interdit d’abattage par Napoléon 1er.

Aujourd’hui encore, les fouilles se poursuivent et Rom ressemble à un gruyère, dont les trous les plus importants auraient été plantés de cèdres, protection efficace d’un inestimable trésor.

 

Jouons tous le jeu !

J’ai apprécié la recherche graphique des présentations de ce musée, les panneaux dessinés des fonds de vitrines, très pédagogiques, les lectures à plusieurs niveaux, la sobriété des objets présentés, sans entassement. Le décor est en place, les personnages ne demandent qu’à se mouvoir. Mais ce Musée, bien malgré lui, ne tient pas tout à fait ses promesses. D’emblée, il m’avait donné le ton : la visite serait ludique et rieuse. Ludique ? Assurément pour les groupes d’enfants. Pour les individuels ? Que nenni. Dans de nombreux sites touristiques, les visiteurs individuels sont un peu laissés de côté au profit des groupes. En tant que TN (Touriste Normal), je continue à croire que c’est une erreur fondamentale. Pas de guide pour m’accompagner, en chair ou en audio, aucun audiovisuel pour forcer mon imagination, je dois faire l’effort de la lecture des panneaux et des cartels. Heureusement, ceux qui sont à hauteur d’enfants sont conformes à l’esprit annoncé, n’hésitez pas à plier le genou, vous croiserez ainsi Orus et ses copains...

 

statue rauranum

 

Oui, les personnages sont en place, il ne leur manque que la parole ! Je suggère aux responsables du musée de nous (ra)conter cette histoire gauloise, pas celle d’Astérix, la vraie, plus déroutante et étonnante, incertaine aussi, qui nous surprendra et nous interrogera. Vous nous promettez un environnement ludique, alors jouez davantage avec nous. Allez jusqu’au bout de la logique : jouez avec nous tous, individuels et groupes, enfants et adultes. Pourquoi prendre le risque de la déception, pour une promesse pas totalement tenue ? On ne peut pas se satisfaire du seul regard scientifique, un peu trop froid, forcément juste, mais assez loin de l’émotion que, paradoxalement, j’ai davantage rencontrée lors du « jeu de pistes » extérieur, pendant la balade dans les rues de Rom. J’ai aimé le mystère qui se dégage du bois de Blumereau, le plaisir que l’on ressent à imaginer les constructions antiques sous la terre et sous les arbres, à deviner le joyau qui dort sous le plus haut cèdre. J’ai « vu » les employés des thermes entretenir le feu dans la pièce en hypocauste, près du puits. J’ai souri en découvrant l’espace Archéoludix et je me suis surpris à tenter ma chance au jeu du Delta.

 

Ce musée a toutes les cartes en mains pour bousculer davantage notre imagination. Toutefois, il permet d’ores et déjà de faire de belles rencontres sur les chemins de Rom et un beau voyage dans l’histoire de ce village gaulois.
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