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J’ai coiffé le bonnet d’âne et j’ai adoré l’école

Persil

Par Persil

le mardi 25 juin 2013

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  • J’ai coiffé le bonnet d’âne et j’ai adoré l’école

…au Musée Ecole de la Tour Nivelle à COURLAY

 

« Prenez chacun une blouse noire, un béret et une paire de sabots et présentez-moi vos mains, je vérifie leur propreté ».

 

Notre guide invite les visiteurs du musée à jouer le jeu et nous boutonnons notre blouse avec une légère appréhension : nos mains sont-elles propres ?

 

Notre guide-institutrice ecole Nous entrons en file indienne dans la classe, malhabiles raclant les sabots sur le parquet ciré. « Allez à votre place ! » Debout, près des bureaux qui sentent l’encaustique et laissent entrevoir des traces incrustées du passé, nous attendons que « l’institutrice » nous autorise à nous asseoir.

 

 

 

 

 

dictee ecole tournivelleÉtrangement silencieux, nous nous observons dans nos habits d’écoliers. Je scrute les murs, les yeux écarquillés : les fortifications de Vauban, Louis XIV dans la Galerie des glaces, des cartes de France qui saignent au passage des fleuves et rivières, des serpents qui reposent en paix dans le formol, le poêle à bois qui trône, les livres, objets précieux méticuleusement rangés, le grand tableau noir et sa leçon de morale qui nous attend : « Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place », en une minute je suis transporté dans mon enfance et j’entends mon institutrice me dire : « Prenez votre porte-plume ! ».



Je le trempe dans l’encre et j’écris le titre de la dictée du jour : « Le lièvre aux oreilles noires », elle est extraite d’un texte d’un certain Ernest Pérochon. La plume gratte sur le papier, je m’y reprends à plusieurs fois pour former les lettres et, subitement, je retrouve l’agilité de mon enfance. J’ai « zéro faute » et l’institutrice me donne un bon-point bleu. Je suis surpris, pas l’habitude… J’adore cette école !

 

Le petit Ernest n’en fera qu’à sa tête

bonnet d'ane musée ecole ernest perochon

Notre guide-institutrice poursuit ses démonstrations et explications. Pendant ce temps, je pense au petit Ernest, né en 1885, l’année de la construction de cette école de la Tour Nivelle où nous nous trouvons. Ses parents tenaient une ferme à 300 m de là et, tout naturellement, il usa ses culottes courtes sur ces bancs. Il apprit probablement à compter sur ce boulier, il déchiffra ses premières syllabes sur ces grandes planches accrochées au mur. Peut-être coiffa-t-il ce bonnet d’âne, à genoux sur une règle, portant à son cou « la langue des bavards »…

 

 

 

C’est là, entre ces murs, ou dans la cour de récréation, qu’il découvrit sans doute ses deux plus grandes passions qui deviendraient les engagements de toute une vie : la défense des pauvres gens et l’éveil des enfants. Ernest Pérochon fut un maître d’école fier de sa mission d’éducateur de la République et soucieux de son indépendance pédagogique :

 

« ... je suivrai tout le monde de l’œil, mais je n’en ferai qu’à ma tête, qu’à ma tête ! » (Extrait du roman « Le chemin de plaine »).

 

Il fut un écrivain qui prit sans cesse la défense des vanupieds, ces êtres sans ressources du début du XXe siècle, sans sabots, obligés de mendier leur pain (les « cherche-pain »), qui vivaient dans des « creux de maisons » de Gâtine, des bâtisses obscures au sol en terre battue. Le petit Ernest les connaissait bien : ils étaient ses copains d’enfance, ses voisins qui survivaient dans un bocage où la misère et les intolérances religieuses rythmaient une vie quotidienne qui n’offrait aucune indulgence ni répit. Bien avant qu’ils ne surgissent dans ses romans, je suis sûr qu’ils hantaient les rêves de l’écolier de la Tour Nivelle.

 

Pour les enfants de 7 à 99 ans

maison instituteurLe Musée d’école de la Tour Nivelle ne doit pas être réservé aux enfants, car la visite animée de l’école est également un merveilleux bain de jouvence pour les adultes. Les enfants sautent à pieds joints dans le jeu du retour vers le passé de leurs grands-parents et le plaisir partagé par toutes les générations est source d’échanges revigorants. La visite de la maison de l’instituteur est plus banale, bien que les objets présentés soient de qualité. Celle de l’exposition sur l’œuvre littéraire d’Ernest Pérochon est franchement décevante. Obsolète, elle sera renouvelée au cours de l’année prochaine.


On l’aura compris, il est essentiel de choisir les « visites animées » à l’école de la Tour Nivelle (voir les horaires sur son site), les « visites libres » n’auront pas le même goût de retour aux sources.

 

vestiaire ecolePrécipitez-vous dans ce Musée qui n’en est pas un puisque l’on peut toucher les objets, feuilleter, agir, jouer. Avec ou sans enfants, chaussez les sabots et partez à la rencontre de votre propre enfance et du petit Ernest. Vous aurez alors une irrésistible envie de rencontrer « Nêne » (l’unique Prix Goncourt des Deux-Sèvres), « Babette et ses frères », « les gardiennes » et tous ces personnages des romans de Pérochon qui racontent la vie des petites gens d’ici.

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